Une saison sur Boréa

 

Par Carine.

Chapitre III

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

_ Aaah !

Comment ne pas hurler quand on tombe ?

Et Boris hurle à côté de moi les yeux révulsés de terreur.

Comment ne pas hurler quand des barrières végétales défilent devant vous, des branches nous frôlent en sifflant ou en emportant des pans entiers de la machine qui se désagrège.

  

Un craquement immense. Nous ne bougeons plus, je vois un ciel nuageux et jaune orangé par la trouée que nous venons de créer dans les branchages d'un arbre gigantesque.

  

Je me réveille.

Je me réveille normalement.

C'est à dire, je me réveille en reprenant conscience que je suis allongée, en forçant sur mes paupières pour les ouvrir. C'est seulement l'instant d'après que je prends conscience de la douleur.

Et j'ai mal partout de plus en plus fort.

_ Ca va ?

  Boris est agenouillé à côté de moi, du sang séché couvre tout le côté droit de son visage.

Je n'ose même pas bougé le plus petit muscle de crainte de déchaîner des torrents de douleur encore plus intense, même respirer est atroce.

_ La douleur va passer, cela prend quelques heures, nous devons respirer des toxines inconnues et le taux d'oxygène doit être plus faible que sur terre.

_ Sur terre ?

_ Ah, tu peux parler... Je ne sais pas où nous sommes, mais pas sur terre, il doit y avoir une loi que j'ignore encore qui interdit les voyages quantiques vers le futur.

_ Mais, comment je vais rentrer chez moi ?

_ Ma machine est pulvérisée, nous ne pouvons pas, nous allons probablement mourir ici dans un jour ou deux, soit de faim, soit dévorés par des prédateurs car il y a de la vie ici !

Il se relève d'un bond.

_ Tu te rends compte, Bettine, nous avons probablement découvert une autre planète avec une atmosphère respirable en plus !

Je commence à pleurer en silence, chaque sanglot déclenchant des trilles douloureux dans mes mâchoires et mes sinus, mais comment ne pas pleurer ?

_ Pourquoi pleures-tu ?

  Décidément non, Boris n'est pas un homme, tout juste un enfant aussi génial que fou.

  

_ Bon, le temps que tu te remettes, je vais explorer les environs.

_ Non, ne me laisse pas seule !

_ Cela ne change rien, je t'assure.

  

Je reste donc seule au comble du désespoir. C'est le moment idéal pour s'apercevoir que j'aime la vie. J'aime ma vie, j'aime mes parents, j'aime même mon frère et tout le reste du monde, et je veux rentrer chez moi, avant deux jours, parce que je vais avoir mes petites choses et que je n'ai rien pour y remédier.

  

Deux heures plus tard, je suis arrivée à me mettre debout. Je marche en tremblant alors que Boris allume tranquillement un feu avec un briquet pour tester les propriétés inflammables des végétaux environnants. Je fais des ronds autour de l'arbre qui a ralenti notre chute en essayant de ne pas voir tout ce qui ne va pas.

Mais rien ne va.

L'herbe n'a pas la bonne couleur ni la bonne hauteur, l'écorce de l'arbre n'en est pas une, le bois ne semble pas ligneux, les feuilles sont trop épaisses et trop grande et parfois des bruits inexplicables déchirent le silence.

_ On n'entend même pas des oiseaux.

_ J'ai vu des sortes d'oiseaux s'enfuir, répond Boris, Notre situation est grave mais pas désespérée.

_ Ah ? Dis-je, plaintivement.

_ Ma machine n'était pas prévue pour voyager mais, au cas où, j'avais placé des équipements de survie sous nos sièges. Nous ne sommes pas blessés, nous avons en fait des chances raisonnables de survivre.

  Je ne veux pas survivre, je veux vivre !

  Devant mon silence, il me présente le contenu de deux sacs.

_ Deux bouteilles d'Evian de deux litres chacune, des conserves et des fruits secs et des barres de céréales énergétiques. Avec cela on peut tenir quelques jours.

_ Vraiment ?

_ Ici, les couvertures de survies et les ponchos, pour la pluie.

_ Il pleut ici ?

_ Je ne sais pas. J'ai aussi préparé une trousse médicale avec...

_ Tu as des tampons hygiéniques ?!?

_ Des... Il me regarde bizarrement, avant de conclure par un "non" désespérant.

_ Nous partons dès que tu te sens prêtes.

_ Pour aller où ?

_ Là bas coule une rivière, nous allons la suivre, avec un peu de chance nous ne sommes pas trop loin d'une embouchure de fleuve.

_ Et une brosse, tu as une brosse ?

_ Une brosse ?

_ Une brosse à cheveux !!!

_ Non mais j'ai du savon.

  Je soupire, je soupire énormément, et puis, je peux pleurer sans me faire mal, maintenant.

_ Bon je suis prête.

  Je trouve bien lourd le sac à dos une fois celui ci ajustés sur mes épaules, et je ne vois pas en quoi être prêt ou loin de l'embouchure d'un fleuve constitue une bonne ou une mauvaise nouvelle.

  

  Assez curieusement, après une bonne heure de marche dans une jungle pas trop impénétrable ; je me surprends à sourire, après tout, j'ai des baskets et c'est idéal pour marcher, je porte un jeans qui me protège des herbes et des branchages un peu trop coupants, Boris est bien plus gringalet que moi et je me retrouve à l'attendre et non le contraire. Les journées étant encore fraîches, j'avais emporté un pull en laine blanche, pour l'instant je me contente de mon t-shirt. Boris avec un short, des mocassins et une simple chemisette bleu marine est beaucoup moins bien loti que moi.

 

.../...

 

 

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