Une saison sur Boréa

 

Par Carine.

Chapitre X

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  _ Mon prince.

  La tenue et l'usage vont de paire, en tailleur on ne fait pas la révérence, même à un prince.

  _ Arrêtes ses conneries, veux-tu ?

  Je le regarde, les yeux écarquillés, outrée. Mais dans quelle langue me parle t-il ?

  _ Je te parle en français, et oui... Tu sais encore parler le français ?

  Il a un petit air narquois que je n'aime pas, ses cheveux sont impeccablement coupés, Il porte un uniforme noir fait sur mesure, il semble plus grand, plus large, il a encore l'air d'un avorton, mais beaucoup moins.

  _ Tu... tu as l'air en pleine forme, Boris.

  _ Et toi, tu as l'air d'une petite poupée maquillée, avec des épingles en or dans les joues et des talons trop hauts.

  _ Boris ?!?

  _ Je te fais de la peine, c'est pourtant la réalité, on dirait que toutes les femmes ici disent " sexe " avec leurs corps.

  _ Et tu n'aimes pas ça, peut-être ?

  Il rit doucement.

  _ Je suppose que tu prends tes petites pilules tous les jours.

  _ Bien sûr !

  

  Il traverse dans le salon de réception du cent vingtième et dernier étage du building où nous nous trouvons. Les appartements et quartiers du duc et de la duchesse occupant les vingt derniers étages dans cette tour. Il me prend la main et m'entraîne sur le balcon, pour découvrir la ville à nos pieds.

  

  _ C'est magnifique. Je n'ai jamais pris l'avion, mais cela doit faire pareil.

  Je suppose que le balcon est à quatre cents mètres de haut, la ville est composée d'une quinzaine de buildings similaires aux nôtres, formant le quartier de la noblesse, et à l'opposé, le non moins gigantesque palais impérial. Entre les deux, coule un large fleuve reflétant l'orange des cieux ; à droite, l'embouchure du fleuve et les installations d'un port, à gauche, le groupe des bâtiments des conglomérats de l'empire, enfin au-delà et tout autour, en cercle concentrique, les quartiers des gammas et des deltas. Des véhicules à anti-gravité circulent entre les tours, beaucoup plus bas, des automobiles à répulsion magnétique glissent sur les larges avenues mais aussi des calèches tirées par de magnifiques chevaux.

  

  _ C'est toujours très impressionnant oui, pour information, tes pilules contiennent des antalgiques, des euphorisants, des stérilisants, des stimulants et des aphrodisiaques, ton équilibre hormonal n'est plus qu'un souvenir comme tes humeurs, l'influence de la lune et tes menstruations.

  _ Et c'est grave ?

  Je me grise de la vue, cherchant à voir les gens dans les tours en face, les passants tout en bas, c'est une incroyable fourmilière à la propreté immaculée.

  _ Si tu considères qu'être en permanence droguée et privée de tes sens est grave, oui. Je t'encourage vivement à ne pas les prendre.

  _ Je ne peux pas m'en passer, porter un corset et des talons aiguilles, c’est déjà bien assez douloureux comme ça. Qu'est ce que tu fais maintenant, Boris ?

  _ Je suis prince, je repousse les tentatives d'assassinat et je dirige une unité de recherche qui n'a qu'un seul but : nous faire revenir sur terre.

  _ Et cela fonctionne ?

  _ Je fais traîner, j'aimerais comprendre où nous sommes réellement avant de partir.

  _ Alors nous pouvons rentrer chez nous ?

  _ Dans six mois au maximum, oui. J'ai déjà envoyé des petits robots dans ma chambre sur terre, clandestinement... Ils ne doivent pas savoir que mes travaux sont aussi avancés sinon ils nous renverront chez nous, que je sois prince ou pas !

  _ Tu as une idée de la planète où nous avons atterri ?

  _ Sur terre, à l'aube des temps, il y a trois milliards d'années environ.

  _ C'est tout ?

  _ Et oui, nous ne sommes pas sur une autre planète, le professeur n'a pas su interpréter correctement notre composition isotopique. Ces gens là sont très savants grâce à leur machine à apprendre, mais pas très malins. Je suppose que les Atlans, c'est autre chose.

  _ Je suis presque déçue. Je croyais vraiment être sur une autre planète.

  _ La présence de tout ce musée fétichiste ne te semble pas un mystère suffisant ? Je t'assure que la civilisation des amazones n'est pas triste non plus.

  _ Les amazones ?

  _ Les barbares si tu préfères. L'inverse de cet empire d'opérette. Là bas, les femmes dirigent et les hommes font les beaux, la plupart sont castrés d'ailleurs.

  _ Je suppose que tu as déjà une explication brillante.

  _ J'ai des hypothèses. Visiblement, voyager dans le futur est interdit par les lois de l'univers, peut-être que les Atlans viennent de notre futur, ils ont prélevé des humains où uniquement leur génome pour créer ce barnum bien à l'abri dans le passé. En tout état de cause, l'être qui a bâti tout cela, a de sérieux problème psychiatrique.

  _ J'ai une autre idée, peut être que nous ne sommes qu'un spectacle, il y a, là haut, des caméras, et la vie d'ici est retransmise sur leur télévision, ailleurs.

  _ C'est une belle hypothèse... Bettine, cela fait six mois que je n'ai pas parlé avec quelqu'un qui a des idées, cela fait sacrement plaisir de te revoir.

  Il me regarde avec tout autre chose que du désir dans le regard.

  _ Allons saluer le duc, ensuite je retournerais au palais.

  _ Tu vis au palais !

  _ Evidement, je suis prince. J'ai même ma garde personnelle.

  _ Cela doit être encore plus magnifique qu'ici.

  _ C'est le même grand guignol un cran au-dessus.

 

A suivre...

 

 

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