Une saison sur Boréa

 

Par Carine.

Chapitre XIV

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Après demain, c'est le bal. J'ai beau me tenir mentalement en retrait par rapport à cette vie, puisque je vais rentrer " chez moi " même si je ne le désire pas vraiment, je commence à être très impressionnée par ce qui va m'arriver.

 

Après tout, si je participe au bal de l'équinoxe c'est pour me marier. Une fois mariée, je me vois mal revenir sur terre, en plantant mon mari là, sans autre forme de procès. Le Duc et la Duchesse sont toujours des étrangers pour moi et je n'ose pas aborder le sujet avec eux.

 

Pour le moment, avec les soixante-quatre autres jeunes filles qui participeront aux fêtes comme débutantes, comme moi, nous sommes dans la grande salle du bal, pour répéter le déroulement des opérations et l'enchaînement des danses sous la direction d'un grand chambellan impitoyable. Pour l'occasion nos cavaliers sont représentés par nos gardes du corps respectifs, je danse donc dans les bras du beau Richard, qui danse très bien et qui est totalement insensible à mon charme. A la limite c'est un peu vexant mais cela doit faire partie de leur formation.

 

Donc pour la première fois de ma vie, je suis entrée dans le palais impérial. Qui est plutôt une immense, une colossale suite de palais. Le sol est en marbre parcouru de veines de toutes les nuances de sombres mais aussi de tapis rouges, les murs sont en marbre blanc, décorés de dorures, de sculptures rehaussées d'or, de fanions et de fresques très antiques. Tout est grand, le plafond est aussi loin vers le haut que dans une cathédrale, les pièces sont plus vastes qu'un stade de football. Nous n'avons vu que la salle du trône et la salle du bal ainsi que les annexes indispensables, j'ai déjà l'impression d'avoir marcher pendant des kilomètres.

 

La répétition n'a pas lieu en robe, nous sommes toutes en tailleur. J'ai choisi un tailleur noir avec un manteau de fourrure blanc, j'aurais pu faire l'inverse comme Dorine qui veut savoir ce que je pense de Piotr. Jade elle, porte un très joli tailleur rose qui lui va ravir. Je trouve qu'elle a une fraîcheur qui la rend irrésistible. Nos manteaux et nos vestes sont dans les vestiaires, nous sommes toutes en chemisier et en jupes pour être plus à l'aise et chacune s'observe.

 

Qui à la taille la plus fine ?

Qui porte les talons les plus hauts ?

Qui est vraiment la plus belle ?

Qui danse le mieux ?

Qui va finir avec l'unique Duc potentiel de la soirée ?

Quelles sont les chaînettes que nous portons à nos chevilles ?

 

 

Pour l'instant je suis les consignes avec attention en m’efforçant de ne pas me faire remarquer. Après, je sais qu'une petite collation est prévue. J'espère que nous pourrons bavarder tranquillement entre nous. J'ai vu qu'il y a beaucoup d'anciennes élèves de l'institut. Pour l'instant je dois me concentrer sur les enchaînements de danse.

 

La collation tant attendue arrive enfin mais Dorine me jette le grappin dessus alors que je sirote une boisson énergisante. Je réponds de manière plus qu'évasive sur mon entrevue avec Piotr ; elle se lasse enfin et je peux rejoindre Jade qui attend patiemment à l'écart.

_ Elle m'énerve, Dorine, toujours à se mêler de ce qui ne la regarde pas.

_ Je trouve que tu as changé, depuis l'institut. Me répond Jade, comme un reproche.

_ Je n'ai jamais aimé que l'on s'occupe de mes affaires. A l'institut je n'en avais pas d'affaire. Cela m'étonnerait que le Duc me destine ce Piotr comme époux.

_ Tu crois que c'est lui qui décide ?

_ Je ne sais pas, mais assez parler de cela, Comment c'est dans le Nord ?

_ Tu as toujours aimé les descriptions... Que te dire ? Il y a des montagnes, de la neige, et de ce que j'en ai vu, les deltas ont un mal fou à faire pousser quoi que ce soit.

_ Cela ne fait pas trop envie.

Je me demande s'ils font du ski dans ce monde mais comment lui demander ?

_ Et toi, la vie de Duchesse ?

_ Je ne sais pas trop, je ne les vois jamais, la vie dans leur domaine est beaucoup plus agréable mais ils passent l'hiver dans leur tour.

_ Il paraît qu'ils ont vingt étages pour eux tous seuls !

_ Si c'était le cas, on s'ennuierait plutôt. Il y a du monde partout et beaucoup de soldat.

_ Tu vois d'autres membres du conseil parfois ?

_ Oui lorsque nous recevons.

_ Et comment sont-ils ?

Je ressens douloureusement ma qualité d'étrangère. Je ne m'intéresse pas à ce que sont ces gens, à ce qu'ils pensent.

Finalement, la collation passe ainsi, en bavardant de la vie des Ducs et des Duchesses en sirotant nos boissons énergétiques et en avalant nos petites pilules. Il y en a bien besoin car rester debout longtemps en talon est une véritable torture, encore plus que le corset auquel j'ai fini par m'habituer.

 

J'ai remis mon manteau en fourrure, j'ai remis ma toque en fourrure, je cache déjà mes mains gantées dans le manchon de fourrure pour affronter l'air glacial des jardins du palais quand un serviteur vient jusqu'à moi.

 

_ Vous êtes Bettine, Mademoiselle ?

_ Oui ?

_ Le Prince Boris désire s'entretenir avec vous. Suivez-moi.

 

Jade frissonne de peur en entendant les simples mots " Prince Boris ". Elle me jette un regard éperdu comme si un grave danger allait s'abattre sur moi.

_ Vous pouvez venir aussi, Mademoiselle si vous répondez au nom de Jade.

Elle hoche la tête, pétrifiée.

 

Je me demande si je dois la rassurer en lui disant que je connais très bien Boris. Je préfère me taire et la laisser se faire des films. En attendant, nous voilà dans les couloirs du Palais, à croiser des servantes et des serviteurs, mais aussi des gardes, des fonctionnaires, des ministres peut être ?

Certains nous regardent avec attention, d'autres sont indifférents, d'autres nous font des petits sourires entendus. Je suis curieuse, mais les couloirs se ressemblent et il me semble que nous marchons un bon quart d'heure, parfois en empruntant des plates formes élévatrices avant d'arriver dans les appartements du prince. Nous sommes passé au scanner avant de pouvoir franchir le pas de la porte. L'omniprésence des gardes armés ne tranquillise en rien ma compagne.

 

_ Bettine ! Entre !

Boris me fait un grand sourire et me serre dans ses bras. Je le trouve moins gringalet que d'habitude.

_ Tu es superbe.

_ Tu trouves ? Je me suis laisser convaincre. Je fais des efforts pour ressembler à un prince.

_ Tu as grandi et forci aussi.

_ Il faut bien. La vie de Prince n'est pas aussi tranquille que je me l'imaginais. J'ai déjà échappé à deux tentatives d'assassinats.

_ Pourquoi ?

_ Parce que le jeu des princes et des princesses, c'est aussi de s'assassiner. Ils n'aiment pas les rivaux.

_ Ta coiffure te va mieux.

_ Arrêtes un peu... je ne vais plus oser rentrer sur Terre si tu continues.

_ Il y a quelque chose qui me tracasse à propos de cela.

_ Nous en parlerons après. Tu as rencontré un Atlan, Je n'en ai jamais vu au palais, même si je sais qu'il y a une sorte d'ambassadeur. Je suppose que c'est lui que tu as vu.

_ Oui c'est lui. Il m'a parlé à l'Opéra.

_ Alors, comment sont-ils ?

_ Ce ne sont pas des humains. Ils ont une apparence humaine mais leur peau est bleue et comme reptilienne.

_ Une adaptation à la vie aquatique peut-être ?

_ Je t'assure que c'est vraiment effrayant, en plus ils savent qui nous sommes et d'où nous venons. _ Cela n'est pas réellement étonnant. Ce sont les Atlans qui mènent la danse ici.

_ Mais que dites-vous ?

Jade nous regarde avec de grands yeux affolés.

_ Pardon, mon Prince.

Elle improvise une petite courbette, totalement paniquée d'être en face d'un prince impérial en tailleur, ce qui lui interdit la révérence.

_ Nous parlions le français, nous venons tous les deux de cette contrée, encore quelques mots et je suis à vous, Mademoiselle. Bettine, que voulais-tu me dire à propos de notre retour sur terre ?

_ D'abord je ne comprends pas pourquoi je dois participer à la fête de l'équinoxe et puis... Mon corps a pas mal changé depuis notre départ.

_ Sur le deuxième point, je peux te rassurer, les réalités quantiques ne peuvent se chevaucher.

_ Ce qui veut dire ?

_ Que nous reviendrons sur terre dans le même état que lors de notre départ ! Avec le même corps, avec les mêmes vêtements. Le temps que nous passions ici, est du bonus en quelque sorte.

_ Tu veux dire... Boris qu'as tu fais ?

 

Il sourit.

_ Ta vivacité d'esprit m'enchante.

_ Tu es rentré sur terre sans moi !

_ Tu sembles tellement heureuse ici.

_ Alors je ne peux plus rentrer ?

_ Cela dépend du " quand " au sens quantique du terme. Ce qui ne veut pas dire grand chose.

_ Tu as passé un an sur terre, Peut-être plus.

_ Deux ans en fait.

_ Et moi ? Et mes parents ?

_ Ils sont inconsolables.

_ Et toi ? Tu n'as pas eu de problème ? Tu es la dernière personne qui m'a vu vivante !

_ Tu es toujours vivante, Bettine. Il y a eu une enquête mais je n'ai pas le profil d'un tueur. Tu le sais bien.

_ Mais tu m'as tuée ! Légalement au moins.

_ Oui. Mais une fois que tu seras mariée, tu pourras rentrer sur terre avec moi si tu le désires.

_ Qu'est ce que je ferais sur terre ?

_ Tu redonnerais vie à tes parents par exemple.

_ Je pourrais d'ors et déjà leur écrire... Depuis quand tu joues avec mon destin comme cela ?

_ Cela ne vient pas de moi mais du conseil. Ils m'ont forcé à partir seul la semaine dernière, espérant bien ne pas me voir revenir mais je suis revenu pour toi il y a quelques heures. Je t'assure que cela n'a pas été simple de retrouver cet " ici ".

_ Alors ici, c'est où ?

_ Sur terre, à l'ère carbonifère, l'holkérien plus précisément. La machine ne bouge pas, elle voyage dans le temps... entre son présent et le passé. Le futur n'est pas accessible.

_ Tu peux modifier l'histoire alors ? Voir Jésus et...

_ Non. Tu ne peux faire que des sauts quantiques entre des états stables... Hier au mieux, un million d'année avant pour la prochaine étape stable, les autres états oscillent entre les picos et les nanos secondes.

_ Je te déteste !

_ Ce n'était pas le but. Ton amie Jade est affolée. J'ai fait monter des fruits, si vous voulez vous mettre à l'aise et visiter mes appartements. Dit-il avec des sous-entendus dans la voix qu'il n'avait pas " avant ".

_ Tu as une vie sexuelle maintenant ?

_ Non et toi ?

Moi je rougis. Ai-je vraiment une vie sexuelle ?

 

 

A suivre...

 

 

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