Une saison sur Boréa

 

Par Carine.

Chapitre XVII

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  Il bondit en arrière en posant la main sur son épée. Simultanément les tours, de l'autre coté du fleuve, s'illuminent et une sirène lugubre hulule dans la nuit.

  _ Les barbares, ils osent attaquer ce soir !

  

  Cela va très vite, très très vite, je recule. En m'éloignant de la balustrade en me demandant ce qui se passe, je regarde, incrédule, les rayons lasers qui partent du sommet des tours, en direction des formes noires qui foncent dans le ciel, vers nous, vers le palais. Tout a fait comme dans Star War, la première trilogie, évidemment.

  

  Les formes noires sont des nefs volantes, hérissées de dards, d'étendards sauvages et de canons portés au rouge ; tirant des rafales de lasers qui provoquent d'incroyables explosions dans les tours, dans la ville, c'est une attaque de terreur, destinées à tuer le plus de monde possible, Des champignons composés de flammes et de lumière se déploient, à droite, derrière moi. Une nef de pose dans un fracas de poussière et d'arbustes arrachés, à cinquante pas de moi, dans les jardins. Le sol tremble, je trébuche en reculant à petits pas craintifs, tétanisée par la terreur, en me répétant que je ne suis pas d'ici, que toute cette violence ne me concerne pas, que je vais rentrer chez moi, bientôt, maintenant même. Mais je ne disparais pas dans un nuage de poussières quantiques, je reste là dans la nuit embrasée par les incendies et les explosions, et je les vois enfin, les barbares du sud.

  

  Des hommes à demi nus aux cheveux longs et fous : le torse bardé de cuir et orné de tatouage ressemblant à ceux des maoris sur terre, portant un sabre d'abordage dans une main, un pistolet laser dans l'autre, débarquent des nefs en courant, en hurlant, en se précipitant vers nous.

  Je vois l'incroyable, je vois des bolas, cet ensemble de trois boules métalliques reliées ensembles par une lanière de cuir, voler dans les airs puis se rejoindre autour des jambes d'une marquise, d'une comtesse, d'une jeune fiancée, comme moi. Le barbare hisse sa victime qui semble aussi légère qu'une plume sur son épaule et va la déposer tranquillement dans la nef. Je dois fuir, je dois partir, je dois aller me réfugier dans le palais.

  Mais je regarde encore, il y a des chefs, dans ce flot de sauvagerie : des femmes armées de fouet, à demi nue comme les hommes mais avec des cuissardes à talon, les cheveux tout aussi fous, l'air également sauvage, mais elles donnent des ordres, des commandements, les captives mais aussi les captifs s'entassent dans la soute de la nef alors qu'un arbre s'embrase juste à côté de moi.

  

  Je tourne enfin les talons, tentant de courir vers les marches qui conduisent au palais, en tenant ma robe a pleine main, mais mes talons sont trop hauts, après trois pas, je continue mais en marchant le plus vite possible.

  

  Peut-être aurais-je dû rester immobile ?

  

  Deux barbares se jettent sur moi en enjambant la balustrade, comme des félins.

  _ Par ici ma jolie !

  Il rit en avançant sa main puis il hurle en regardant son moignon.

  

  Alexis est là, le sabre sanglant, il vient de lui trancher l'avant bras.

  _ Vas jusqu'au palais ! Je les retiens.

  

  Il se détend comme un ressort, arrête la lame du deuxième barbare avant de lui envoyer son pied dans le ventre, il tourne sur lui-même pour littéralement couper en deux son premier adversaire qui l'ajustait de sa main valide avec son pistolet. Dans la pose classique de l'escrimeur qui porte son attaque, il embroche son dernier adversaire. Le bel uniforme de mon fiancé est déjà tout maculé de sang !

  

  _ Ca ne va pas être facile. Dit-il sombrement

  

  Entre nous et le palais, il y a plusieurs groupes de barbares organisés autour des femmes qui dirigent l'assaut. Ils regroupent leurs prisonniers en attendant de les embarquer dans une nef, dont une, re-décolle dans un soufflement assourdissant.

  

  _ Essayons part là.

  Il me prend la main et traverse une haie, m'entraînant à sa suite sans ménagement, en direction d'un groupe de garde du palais qui forme un pole de résistance dans les jardins. Je les vois épauler et tirer, un trait de feu jailli de la gueule de leurs fusils, heurte un barbare qui s'illumine avec des reflets orange et vert, mais ne semble ni blesser, ni choquer d'avoir été atteint en plein fouet.

  

  _ Les barbares ont des boucliers individuels, nos gardes ne peuvent rien contre eux, cela va être une boucherie. Pas la peine d'aller vers eux, il faut monter là haut.

  

  Il me désigne une coupole qui décore l'un des angles du palais, au-dessus de nous, je pense qu'un escalier d'ordinaire plein d'un charme romantique doit y mener, en serpentant sur le flanc d'une colline à moitié incendié maintenant.

  

  Je reprends mon souffle, je ne sais pas si c'est le stress qui a accéléré mon métabolisme mais il me semble que l'effet des drogues s'atténue : le corset me fait cruellement souffrir désormais, tout comme les bottines trop étroites, avec un talon bien trop haut ainsi que mes gants trop serrés.

  

  D'une traction ferme, il m'entraîne à nouveau, je cours comme je peux dans l'allée, vers le petit escalier dont les marches me semblent bien trop hautes. Alors que nous y sommes presque, nous tombons sur un groupe de barbares menés par une de ces terribles guerrières, qui transporte des jeunes filles et un cadet, ligotés comme des saucissons d'auvergne.

  

  Alexis me lâche, il hurle en bondissant, le sabre fauchant l'air froid, je recule et trébuche, tombant bêtement en arrière, alors que je voudrais ne pas voir la tête de cette femme se détacher de son cou. Les autres barbares doivent être surpris ou sont choqués par la mort de leur maîtresse : un premier tombe juste à coté de moi, il agonise en hoquetant, son nez est percé d'un anneau comme un cochon. Les jeunes otages tombent de leurs épaules. Alexis tranche, transperce : rien ne l'arrête, il contemple maintenant le carnage avant de couper les liens des prisonnières et du prisonnier avec son sabre poisseux de sang.

  

  _ Jade !

  Elle se jette dans mes bras en pleurant, je ne sais pas ce qu'elle dit, elle frissonne, pleure et rit en même temps.

  _ Plus tard les effusions. Toi tu sais te battre.

  _ Piotr ?

  _ Je voulais la protéger, dit-il piteusement.

  Il se redresse, le teint grisâtre, l'air chiffonné et boitant encore plus bas.

  _ Où est Alexandre ?

  _ Il est mort ! Hurle horriblement Jade.

  _ Mort ? Alexandre ?

  Alexis ne semble pas vouloir le croire.

  _ Personne ne peut survivre aux blessures qu'il a reçues. Il a défendu Jade le plus longtemps possible mais ils étaient trop nombreux, c'est tout.

  _ On verra. Suivez-nous si vous voulez vivre.

  

  Sur le coup je ne le trouve même pas prétentieux.

 

A suivre...

 

 

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