SOUVENIRS DE SOPHIE

 

Par Fred Pody.

 

 

XI

La lettre

 

 

 

Ninon me réveilla joyeusement. Et moi je voulais traîner dans mon lit... Une nouvelle journée d'entraînement ne me tentait pas beaucoup. Après ces deux épreuves pénibles et la perspective d'être debout sur mes hauts talons durant de longues heures... La dernière journée passée immobilisée, étouffant sous mes trois robes, mes trois corsets... m'avait laissée un très mauvais souvenir. J'aurais aimé retarder le plus possible mes difficiles déambulations sur ces maudits talons. Pourtant, Ninon était gaie, insupportablement gaie, comme une provocation.

-- Bonjour Mademoiselle, dit-elle bêtement. Vous avez du courrier ce matin!

-- Que! Quoi! Mais qui? ...

-- Un jeune homme. Dit Ninon.

Elle est folle ou elle se paye ma tête. La journée commence bien.

-- Delphine ne veut pas vous la donner avant que vous ne soyez prête pour les exercices, Bain, Corset, coiffure...

Voilà un maigre motif pour avoir envie de se lever et se préparer pour la journée, sans protester, et même si vous trouvez que vos talons sont trop hauts et votre corset beaucoup trop serré.

Delphine entra comme à son habitude, contrôler si mon corset ne pouvait pas être serré un peu plus. C'était devenu un rituel tous les matins, juste avant de me libérer de la barre de laçage.

Delphine n'était pas en forme, le visage chiffonné, de plus, j'avais bien senti le manque d'énergie pour serrer mes lacets, et je ne m'en plaignais pas.

-- Bien! Dit Delphine. Maintenant que tu es prête, je peux te donner ton courrier. Ta Tante a été surprise qu'un jeune homme puisse connaître ton adresse, et moi aussi. Dit moi... Sophie... je suis curieuse. Tu veux bien m'en parler... Entre amies...

-- Mais Delphine, je ne sais même pas de quoi ou de qui est cette lettre.

Sur l'enveloppe, pas d'adresse, juste écrit "De la part d'André pour Sophie"

-- Mais, comment cette lettre a put arriver ici?

-- Quelqu'un l'a donnée au gardien du parc.

-- Delphine, tu peux te renseigner? Qui l'a déposée?

-- Le gardien ne le connaît pas, il parle d'un jeune homme blond, très jeune et très grand.

-- Ce n'est pas André, il n'est pas très grand, nous avons la même taille...

-- Mais qui est ce André? Me demanda Delphine.

-- Un ami d'enfance et de jeux. Nous étions toujours dans les bois, Un jour, j'avais oublié la réception que donnait ma Mère. On a fait irruptions au milieu de la réception, sans faire attention aux invités. Nous étions sales, couverts de boue... C'est cela qui a fait déborder le vase, et a servi de prétexte pour se débarrasser de moi, en m'envoyant ici, chez ma tante. Depuis, je n'ai plus de nouvelle de mes parents, ni de André. Je pensais que André avait été envoyé dans une école fermée.

-- Ouvre vite me dit Delphine.

-- C'est bien André, ses parents l'on mis dans un pensionnat. Il voudrait me revoir... J'ai l'impression qu'il a de sérieux problèmes avec ses professeurs... Il est complètement fou! Il veut partir de cette école, mais pour aller ou?

-- Ton copain me semble un peu indiscipliné, non?

-- Je ne sais pas... Ca me surprendrais, c'est un gentil garçon. Il a toujours fait tous mes caprices. C'est bizarre qu'il soit tellement en conflit avec ses professeurs.

-- Ce qui est plus bizarre, c'est que tes parents ne t'on pas encore écrit.

-- Oh! Ceux là, ils étaient trop contents de se débarrasser de moi. Heureusement que ma tante était là.

-- A propos de ta tante Florence, ont devraient vite commencer tes exercices. Je n'ai vraiment pas envie de subir une troisième punition. Porter nos robes n'est pas toujours facile, mais en cinq exemplaires superposés, c'est une torture.

La première leçon de la journée fut des plus simple. Ont marcha longtemps dans des couloirs déserts. Pourtant j'entendais les bruits d'une activité.

Delphine m'expliqua:

-- Nous sommes dans l'aile du château réservée à ta tante. Tu ne verras personne ici, élèves ou professeurs de l'institution. Mais pense plutôt à t'appliquer. Des petits pas biens posés. Essaie de garder les jambes biens droites. Après tous, tes talons ne font que dix cm.

Je m'appliquais, la cambrure de mes pieds était encore un peu pénible. C'est surtout mes problèmes d'équilibre. Ce que je n'aimais pas, c'est d'être obligée de piétiner et d'avancer très lentement. En compensation, j'avais cette sensation merveilleuse d'être plus grande, d'avoir des jambes plus longues par l'artifice des hauts talons.

Durant les deux épreuves, la pression de ma tante et la précipitation à passer ces épreuves ne m'avaient pas permit de me rendre compte des effets du nouveau corset sur mon équilibre.

Je comprenais mieux maintenant les causes de mon échec. La longueur de mon nouveau corset ne me permettait plus de fléchir le buste et cela modifiait considérablement mon équilibre. Evidement, mon manque d'habitude des hauts talons n'a pas arrangé les choses, Mais ce corset par sa longueur et sa rigidité, transformait complètement ma posture, et je devais balancer plus fortement les hanches tout en gardant le buste rectiligne. Ceci me forçait à une marche exagérément chaloupée. J'étais un peu honteuse de balancer autant les hanches, de manière bien trop provocante. Mais le corset me forçait à ce déhanchement si peu discret.

-- Je crois que tu commence à comprendre les effets de l'association d'un corset bien raide et des hauts talons. Me dit Delphine. Les talons t'obligent de balancer les hanches et le corset transmet ce mouvement à tous le haut du corps. J'adore te regarder, te débattre, essayer de marcher avec le plus de discrétion possible sans pouvoir empêcher tout ce balancement si provocateur. Si tu marchais ainsi en ville, les hommes ne pourraient plus te quitter du regard et tu déclencherais des scènes de ménages par les femmes jalouses.

-- Ho Delphine! Je n'oserais jamais me promener en ville de cette manière.

-- Continue de marcher ainsi. Plus tard, quand tu seras plus à l'aise sur tes hauts talons, je t'apprendrais à limiter ces déhanchements. Mais sache que tu seras toujours obligée de te balancer en marchant. Encore un dernier tour avant le déjeuner, et pense à bien croiser les jambes. Tu dois avoir une démarche élégante malgré le corset et la hauteur des talons.

Mes pieds commençaient à me faire mal. Il fallait que je m'applique pour éviter une nouvelle punition. Tan pis pour le déhanchement. Chaque pas me demandait de la concentration, ne pas me tordre les chevilles, poser la pointe du pied en même temps que le talon, garder les jambes bien droites malgré la tension de mes chevilles, croiser les jambes à chaque pas... et risquer ainsi de perdre non faible équilibre.

Delphine m'avait dit que cela deviendrait automatique, mais en attendant, c'était surtout pénible et laborieux.

Une semaine plus tard ces couloirs me sortaient par les yeux. Je ne sais pas combien de fois j'en ai fais le tour, perchée sur mes talons instables, des tours et des tours d'une extrême lenteur pour cause de petits pas délicats, limités par la hauteur de mes talons et la chaîne fixée à mes chevilles. Une chaîne qui ne me quittait pas. Une chaîne qui faisait quinze centimètres le long et qui avait été réduite à dix cm ce matin. Résulta, le tour de ces couloirs est devenu brutalement deux fois plus long. Cette chaîne trop courte me faisait très souvent trébucher et sans le soutient de Ninon, je serais tombée plusieurs fois.

La journée me parut longue, sans doute parce que je me déplaçais plus lentement. Enfin de retour dans ma chambre, je pus m'asseoir avec précaution pour cause de corset long qui me pinçait les cuisses en me baissant.

Mes chevilles étant plus étroitement attachées, je compensais en écartant les genoux et atténuais ainsi la pression du busc qui me meurtrissait l'entrejambe.

Delphine me fusilla du regard et me dit:

-- Sophie, tu devrais te tenir correctement, Une véritable Lady n'écarte pas les genoux comme une prostituée! Ninon! Vous demanderez à Mademoiselle Caroline d'apporter demain matin des entraves de genoux en même temps que les nouvelles chaussures de Sophie.

-- Ho Delphine! Encore des entraves?

-- J'aurais dû te les faire porter depuis longtemps. Elles t'aideront à garder les genoux collés l'un contre l'autre et t'obligeront à bien croiser les jambes en marchant.

-- Je peux à peine marcher maintenant. Tu veux que je soies complètement immobilisée?

-- Ne dis pas de bêtise! Regarde moi et prend exemple. Ninon! Voulez vous aider Mademoiselle Sophie à se coucher. Demain, entrave des genoux et on passe à onze cm de talons.

 

 

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