SOUVENIRS DE SOPHIE

 

Par Fred Pody.

 

 

XII

Entravées

 

 

 

J'étais encore suspendue à la barre de laçage, Delphine ne devrait plus tarder... Ninon ne voulait pas me libérer avant que Delphine ait contrôlé le laçage de mon corset et fermé ma ceinture métallique.

Florence entra, suivie de Delphine et de Caroline.

Bonjour Sophie. Dit Florence avec douceur. J'étais vraiment perplexe. Ma tante pouvait être très dure et à d'autre moment si agréable, attentive et douce. En tous cas, toujours aussi élégante. C'est son incroyable silhouette qui m'avait fait accepter si facilement la contrainte d'un pénible entraînement par le corset. Il me suffisait de penser à ma tante et à la taille de guêpe encore plus fine de Delphine pour oublier un peu mon inflexible et intraitable corset.

Delphine m'embrassa sur la joue avant de contrôler le serrage de mon corset et de cadenasser à nouveau ma ceinture.

Caroline me dit. Je t'ai apporté tes nouvelles chaussures et également, des entraves de genoux. Tu verras, elles sont très belles, finement ciselées, de véritables bijoux précieux. Ces entraves sont indispensables pour apprendre à marcher avec élégance sur de très hauts talons et avec une jupe étroite.

-- Bien dit Florence. Ces entraves sont une excellente idée. Sophie, je sais combien ces entraînements peuvent parfois être pénibles, mais croit moi, grâce à eux, tu te transforme petit à petit en une femme élégante et vraiment très attirante. Les hommes vont se battre pour avoir le privilège de soutenir une faible femme fragile et très belle, qui demande constamment des soins et de l'aide.

Etre belle, Ho oui! Etre admiré, enviée pour mon élégance, ma taille... J'en rêvais souvent, mais pourquoi devrais-je être faible! Sûrement pas. Mes trois amies étaient toutes très belles, très différentes mais toutes les trois vraiment délicieuses, et Florence ne me semblait pas du tout faible et fragile.

Caroline ouvrit d'une boite en bois précieux, intérieur de velours rouge sombre. Bien aligné, deux annaux d'or finement ciselés luisaient au fond de la boite. Caroline les sortis de la boite et me monta comment ces deux anneaux étaient reliés. Des anneaux hauts d'au moins cinq centimètres. Ils étaient beaucoup trop larges pour les poignets et étaient reliés par deux plaques de métal articulées, l'une devant et l'autre à l'arrière. Ces deux larges anneaux ne pouvaient pas s'écarter l'un de l'autre, les plaques articulées leur permettaient juste de glisser un peu l'un devant l'autre sans jamais s'écarter.

-- C'est pour tes genoux. Me dit Caroline.

Et elle me les fixa juste au-dessus de mes genoux, sans me détacher de ma barre de laçage.

Devant Florence, je n'osais pas protester, mais ces entraves me bloquaient complètement les genoux qui maintenant étaient forcé de rester collés l'un contre l'autre. Impossible de les écarter d'un millimètre, le seul petit mouvement encore possible était un glissement de deux ou trois cm d'avant en arrière.

Caroline me détacha les chevilles.

-- Tu dois porter de nouvelles entraves de cheville, plus courtes. C'est absolument nécessaire pour la suite de ton entraînement. Regarde ma chérie, voilà enfin tes nouvelles bottines. Le cuir est très fin, il te faudra faire attention en marchant. Les cuirs les plus fins sont certainement les plus beaux, mais aussi les plus fragiles. Rien à voir avec les horribles choses que tu portais en arrivant dans l'institution.

C'est vrai qu'elles étaient belles, le mollet fin, la cambrure du pied extraordinaire, mais le talons... je vais devoir être perchée sur ces talons... toute la journée... des talons de onze cm... Si j'avais de grands pieds, mais non, onze cm me forceront à une très forte cambrure du pied.

-- Je t'aiderais. Me dit Caroline. Un peu d'entraînement et quelque petit truc pour te permettre de te déplacer sans trop de difficulté. Juste trois ou quatre jours un peu difficiles, mais ensuite, tu finiras par t'y habituer.

Ho Caroline, tu es gentille avec moi, mais je crains que ces trois ou quatre jours ne sois l'enfer pour mes pieds.

Caroline me chaussait avec précaution pour ne pas abîmer le cuir. Mes pieds devaient se cambrer un peu plus, bien que je sois toujours suspendue. Elle serrait les lacets de mes bottines avec beaucoup de force, et c'est seulement quand Caroline se releva que je sentis la chaîne courte entravant mes chevilles, une chaîne qui avait été raccourcie à seulement dix cm.

Delphine manúuvra le treuil de la barre de laçage. Mes poignets me faisaient mal, depuis tout ce temps en traction. Heureusement que Caroline me tenait. Il fallait tenir debout, sans tomber, sur des talons plus hauts que la veille, avec mes genoux entravés, et la chaîne de mes chevilles plus courte. Le poids du corps sur mes pieds me faisait maintenant bien ressentir la cambrure encore plus forte. Je n'osais pas bouger. Entravée comme je l'étais, il me semblait impossible de faire le moindre pas.

Caroline me soutenant, m'encouragea à faire un pas, mais un tout petit pas insista t'elle!

Un pas rapide et minuscule, je dus en faire un deuxième pour rattraper mon équilibre, mais mes entraves m'en empêchèrent et c'est Caroline qui m'évita de tomber.

De nouveaux debout, les jambes un peu fléchies, pieds joints, j'essayais de me tenir debout. Un petit pas en glissant prudemment un pied, vite limité par mes entraves. Retrouver un nouvel équilibre et essayer de ramener mon deuxième pied au niveau du premier. Mince victoire, j'avais avancé de cinq cm sans tomber!!!

Florence avait suivit la scène sans dire un mot, sans remarque dure comme elle sait si bien le faire. Non, à ma surprise, elle me regardait plutôt avec tendresse. Elle se tourna vers Delphine et lui dit:

-- Je crois qu'il serait préférable de commencer la nouvelle période de serrage demain. La journée ne sera pas de trop pour que Sophie prenne toute la mesure de sa nouvelle situation.

-- Je te remercie. Dit Delphine. Commencer une nouvelle période de resserrage du corset dans ces conditions, n'est pas idéale. Mais rassure-toi, Si Sophie à encore du retard à rattraper pour la marche, elle est très souple de la taille, et je te promets des résultas merveilleux avec son nouveau corset.

Tout le monde donnait son avis sur ma taille, mes talons et mes robes, mais personne ne semblait s'inquiété de mes problèmes. Florence sortit avant que je puisse m'exprimer. J'étais là! Plantée au milieu de la salle, sans pouvoir me déplacer, les pieds déjà douloureux d'être aussi fortement cambrés et le souffle court à cause de mes efforts dérisoires pour marcher un peu et d'un corset bien trop serré. Et je n'étais pas encore habillée!

-- Caroline, Delphine... S'il vous plaît... Je ne porte que mon corset, des bas et des bottines, comment pourrais-je m'habiller avec toutes ces entraves?

-- Oui Sophie, j'arrive, Ninon, veux-tu m'apporter les dessous de Sophie. Et enfin en s'adressant à moi. Ne t'inquiète pas, ma douce, bien sur les jupons ne pose pas de problème, mais je t'ai confectionné un nouveau pantalon de dentelle en deux parties, qui se lace ensemble sur tes cuisses et tes hanches, sans être obligé de te retirer tes entraves.

-- Mais Caroline, pourquoi toute cette complication, il suffit de faire comme pour la ceinture métallique que je porte constamment par-dessus mon corset. Tu dois bien avoir les clefs?

Delphine vint au secours de Caroline.

-- Désolée, Sophie, pour le corset je devais avoir la clef de ta ceinture, mais Florence a décidé qu'il n'était pas nécessaire de nous donner la clé de tes autres entraves.

-- Quoi! Mais comment vas t'on faire pour me libérer?

-- On ne peut pas t'enlever tes entraves. Ni celle de tes chevilles, ni celle de tes genoux, même chose pour les entraves que tu porte au poignet. De plus, Florence compte te faire porter en permanence, des entraves aux coudes qui te tireront les bras en arrière. Tu les porteras probablement demain, si elles sont prêtes.

J'étais abasourdie

-- Mais on me libèrera bien quelque instant? Je ne peux pas rester tout le temps attachée ainsi?

-- Tu n'es pas attachée, mais seulement entravée! Et tu devras rester entravée tout le temps. Si on t'enlève un jour une de tes entraves, c'est parce que la robe, le corset ou tous autres accessoires que tu devras porter t'entraveras encore plus que tes chaînes en ce moment.

Je restais sans voie... Ma situation devenait de plus en plus étrange... Pas attachée, mais entravée, seulement entravée? Debout sur la pointe de mes pieds, sans pouvoir faire un pas, immobilisée par mes chaînes et mon corset! Que fallait-il de plus pour être attachée?

Voyant ma perplexité, Delphine me dit:

-- Attachée dans cette institution, signifie que tu ne peux plus bouger le moindre muscle, et que tu es attachée solidement à un mur par une solide chaîne. Ce n'est pas ton cas. Tu peux encore te déplacer, même si c'est très lentement, et aucune chaîne fixée dans un mur, t'empêche de te promener.

-- Mais Delphine, je ne peux plus marcher!

-- Calme-toi, avec l'aide de Caroline, nous allons te guider. Ce n'est pas difficile, mais il te faut apprendre la patience. Tous tes déplacements seront très lents. Ensuite, il faut absolument que tu te tiennes correctement. Les pieds joints et ne fléchis pas les genoux.

-- Mais ça tire sur mes chevilles, et mes pieds sont trop cambrés.

-- Cela tire un peu, parce que tu n'as pas fais correctement tes exercices.

Et Caroline renchérit.

-- Tu devrais avoir les pieds bien plus cambrés. Je suis désolée, Sophie, mais tu vas devoir porter des cambreurs de pieds durant la nuit.

-- Ho Caroline! Que vas-tu encore inventer?

-- Ce sont des semelles métalliques, préformées suivant le profil d'un pied très cambré. Un fort ressort, force le pied à prendre la forme. Il suffit de porter cet appareillage toutes les nuits pour avoir les pieds joliment cambrés et pouvoir ainsi porter des talons merveilleusement hauts. Certaines femmes peuvent même arriver à marcher comme des ballerines, sur la pointe des orteils...

Je ne dis plus rien. A chaque remarque de ma part, depuis ce matin, ma situation devenait de plus en plus difficile. Je devais réagir. Il était sans doute trop tard, que faire avec toutes ces entraves et ce corset qui m'étouffait, m'enlevaient toutes mes forces, pire, ce corset avait étouffé en moi toutes réactions de rébellion. Chez mes parents, j'avais toujours affirmé mon indépendance, et ici, il avait suffit de me serrer dans un corset pour me rendre docile, tout accepter sans aucune protestation. Je ne me reconnaissais plus. Une seule obsession, la taille incroyablement mince de Delphine. Je n'arrivais pas à savoir si c'est la silhouette étranglée de Delphine ou la langueur que me donnait le corset quand Delphine me serrait toujours un peu plus. Est-il possible d'être à ce point, dominée par un corset aussi fortement lacé. Un corset qui sera encore plus serré dans quelques jours. Demain, une nouvelle épreuve ou une nouvelle extase quand Delphine commencera ma semaine de resserrage. Une semaine ou chaque jour, mon corset me serrera plus fort. Une semaine ou chaque jour, j'appréhenderais un laçage plus tendu, et dans le même temps, je désirerais encore plus cet étranglement de ma taille. Une semaine de lutte, entre mes craintes et mon désir de taille de guêpe, entre la contrainte pénible du corset et une silhouette idéale.

 

 

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