Souvenirs de Sophie
L'école

Livre 2.

 

Par Fred Pody.

 

 

 

 

X

Les traînes

 

Caroline, nous accueillit dans la grande salle Sylphide.

- Mesdemoiselles! Nous allons perfectionner nos déplacements. En principe, vous devriez toutes, pouvoir vous déplacer gracieusement, et vos hauts talons, ne devraient plus vous gêner.

En moi-même, je doutais fortement de cette affirmation. Si la majorité de la classe gérait maintenant, les hauts talons, Estelle, en était encore loin. Sans parler de trois autres jeunes filles qui n'étaient pas encore très à l'aise sur leurs hauts talons.

Caroline poursuivit.

- Aujourd'hui, le programme va être très chargé. Vous devez être prêtes pour notre première soirée. Samedi soir, vous défilerez dans la grande salle de bal. Cette épreuve sera notée par groupe. La note moyenne du groupe, tiendra compte de votre maintien, de l'élégance de votre démarche, de votre silhouette, et du soin de votre tenue. N'oubliez pas, qu'une note très importante, est donnée pour votre tour de taille. Dans le cas d'une épreuve de groupe, c'est la moyenne des tours de taille de chaque membre du groupe, qui est pris en compte.

La moyenne! Je fis un rapide calcul, Gwendoline faisait 47cm de tour, Solange 49cm et moi, 46, notre moyenne faisait donc: 47cm et 1/3, nettement en dessous des cinquante centimètres.

Le groupe du "Club des 4 Parisiennes" était composé des filles qui me paraissaient les plus minces, les concurrentes les plus dangereuses. Coralie ne faisait que 47cm, Sandrine et Estelle me semblaient très minces, certainement moins de 50 cm de tour. Lydia un peu moins fine, mais je ne suis pas certaine, qu'elle dépassait les 50cm.

- Mesdemoiselles! Un peu de silence! Vous aurez toutes les informations sur cette soirée, par Madame la Surveillante Générale. Nous allons faire un nouvel exercice. Durant cet exercice, nous allons apprendre à nous déplacer avec une traîne. Mademoiselle Véronique, va vous équiper d'une traîne. Ensuite, vous la suivrez en fille indienne. Vous devrez gérer cette traîne, de sorte à éviter de faire tomber les balles, posées sur les consoles. Bien sur, cet exercice doit être fait avec élégance.

Les consoles servaient de balisage, et étaient des sortes de poteaux en bois, très hautes, avec un plateau sur le quel, était posé une balle. Ces consoles, me semblait trop haute pour être vraiment stable.

- Véronique! Sont-elles prêtes?

- Mesdemoiselles! Suivez-moi! Mais faite attention aux consoles. Si vous les frôlez d'un peu trop près, la balle tombera. Chaque fois que vous ferez tomber une balle, vous devrez refaire entièrement le parcours.

Et Caroline ouvrit la marche, nous faisant passer entre ces consoles. Certains passages étant larges, d'autre étroits.

- Attention! Dit Caroline. Ici, vous devez faire un demi-tour et revenir sur vos pas. Ne prenez pas votre traîne avec les mains! Vous devez faire une rotation en chassant la traîne vers l'arrière. Attention aux gestes brusques. Le mouvement doit être souple, élégant. N'oubliez pas que vous portez des hauts talons et que vos jambes ne peuvent pas s'écarter. Vous porterez toujours, une jupe étroite ou des entraves, ou les deux.

Pour ne pas faire tomber les balles des consoles, vous devez les contourner le plus loin possible, de sorte que la traîne, ne s'y accroche pas. Mais le demi-tour, était particulièrement difficile, je ne sais pas comment Caroline faisait ce demi-tour, mais moi, je dus marcher sur ma traîne. Les autres élèves durent faire la même chose. De plus, toutes les balles étaient tombées, et deux consoles étaient également renversées, ce qui nous valut une réprimande collective de Caroline.

Elle nous fit arrêter la balade sinueuse entre les consoles. Ont dû se ranger sur une ligne, et avancer, demi-tours, revenir et demi-tour, avancer, demi-tour... durant une heure ont fit des demi-tours...

Caroline nous arrêta.

- Mesdemoiselles, vos demi-tours ne sont pas très au point. Mais il y a pire, vous oubliez de vous tenir droites, les épaules en arrières. Je vais devoir prendre des mesures. Véronique! Voulez-vous m'apporter les "tire-coudes"!

Les...

- Mademoiselle Caroline! Dit Evelyne avec une voix pas très assurée. Pouvez-vous nous expliquer?... A quoi peux servir un cire-loude?

Il y eut des rires gênés.

- Ma toute belle Evelyne. Dit Caroline. T'est-tu bien lavé les oreilles? Un "tire-coudes"! Comme son nom l'indique, tire les coudes, de la demoiselle qui le porte... en arrière.

Je n'avais jamais entendu parler de cette chose.

Caroline expliqua.

- Il y a plusieurs méthode pour obliger, les jeunes filles à se tenir droite, les épaules bien en arrière. Le corset est un excellent moyen, notamment, quant il est équipé de sangles d'épaule, qui forcent les épaules vers le bas et en arrière. Vous expérimenterez ce procéder plus tard. Mais il a un défaut. Si ce système est très efficace, il interdit les grands décolletés. Les sangles sont trop larges et mal placées pour être cachées. Aussi, Mademoiselle Florence, La directrice de cette école, a mis au point un système qui autorise les grands décolletés. Le procéder utilise des bracelets métalliques, qui attache les coudes ensemble dans le dos. Plus les coudes sont attachés serrés, et plus ils vous obligent de vous tenir, les épaules très en arrière, et à vous cambrer, ce qui augmente l'effet de la poitrine en avant et les épaules en arrières.

- Mais mademoiselle! Ont ne pourra plus utiliser nos mains, ont sera complètement ligotées!

- Vous exagérez, mademoiselle Solange. Vos mains seront libres. Bien sur, beaucoup de mouvements vous seront interdits. Mais quand vous vous déplacez, que vous danser, ou que vous tenez une conversation, vous n'avez pas besoin de vos mains pour tripoter, je ne sais quoi!

- Mademoiselle Caroline. Dit Evelyne. Vous avez sans doute raison pour la conversation ou se déplacer, mais comment fera t-on pour manger ou même boire une tasse de thé?

- Il y a une règle dans l'école. Dit Caroline. Plus vous subirez de contrainte et plus ont vous aidera. Mais si vous n'endurez que peu de contrainte, c'est vous qui devrez aider les demoiselles les plus élégantes et subissant le plus de contrainte.

Caroline était en très colère.

- Ceci dit! Vous devriez faire preuve d'un minimum d'abnégation! Le but de cette école n'est certainement pas de vous permettre de vous prélasser. Il n'y a qu'un seul but! Devenir de "Merveilleuses Lady Corsetées", qu'elle qu'en soit les contraintes, ou les difficultés. Impossible d'atteindre le niveau d'exigence de Mademoiselle Florence, en vous prélassant, sans faire le moindre effort. Devenir de véritable "Merveilleuses Lady Corsetées", sera difficile, pénible, parfois douloureux, mais je vous assure que celles qui y parviendront, seront assurées du succès en société et de leur avenir.

- Mademoiselle Véronique! Veuillez attacher les coudes ce ces demoiselles. Je ne veux pas entendre de protestation. Vous garderez ces attaches durant les cours. Vous en serez dispensées durant les repas de Midi et du soir. ATTENTION! Celles qui font la mauvaise tête, pourrait être obligées de garder ces "tire-coudes" durant toute la journée!

Véronique et son aide nous équipa de ces fameux "tire-coudes" Quand vient mon tour, je pus me rendre compte combien ce "tire-coudes" allait être pénible à supporter. Flore, l'aide de Véronique, dû tirer très fortement sur mes bras, pour rapprocher mes coudes dans le dos et ainsi, permettre à Véronique de verrouiller le "tire-coudes". C'était deux bracelets métalliques, réuni par une barre. Le tous rigide et fermé à clef.

Mes coudes étaient tellement tirés en arrière que mes épaules me faisaient mal, et m'obligeaient à une posture, cambrée au maximum autorisé, par mon corset. Bien que mes avant-bras étaient libres, la position de mes coudes dans le dos, m'empêchait tout mouvement vers l'avant. Il m'était impossible de faire joindre mes mains ni même mes doigts. Dans ces conditions, impossible de saisir un objet quelconque avec les deux mains, tenue écartée de force. Je devais garder mes bras en arrière, ou levé, mais sur le coté.

Caroline, exigeait que l'on garde les bras levés sur le coté avec la main très relevée, les doigts fléchis, sauf l'auriculaire. Cela nous donnait une stature un peu, précieuse, hautaine. Une stature que je trouvais exagérée et un peu ridicule.

- Mesdemoiselles! Dit Caroline. Vous comprenez maintenant pourquoi, vous ne deviez pas utiliser vos mains pour gérer votre traîne. Vous allez vous déplacer en gardant vos avant-bras relevés, la main relevée, les doigts légèrement fléchis et le petit doigt relevé le plus haut possible. De plus, en marchant, vous balancerez délicatement votre bras gauche d'avant en arrière. Allons!!! Exécution, suivez-moi!

Et on repris la déambulation entre les consoles, prenant mille précautions pour ne pas les toucher et risquer de faire tomber un ballon. Notre marche était lente, extrêmement lente. Quelle différence depuis notre entrée dans l'école. Il faut dire que l'accumulation des jupons, des bottines à hauts talons, des entraves aux chevilles, aux genoux et maintenant les coudes plus un corset plus rigide, beaucoup plus serré. Ouff ...

Ont approchaient du demi-tour. S'avancer lentement, s'écarter de la console à contourner, la dépasser juste ce qu'il faut, et lancer la traîne sur le coté avec un mouvement du pied. Un mouvement très limité par les entraves et les hauts talons. Ma traîne, s'était peu déplacée, ce ne sera pas suffisant... Je tournais lentement, et je relançais la traîne un peu plus, un pas en avant, me tourner encore un peu, chasser la traîne sur le coté, un pas lent, incertain. Je regardais en arrière, surveillant le déplacement de cette maudite traîne, un pas, elle frôlait la console, un pas lent, plus lent, le tissu glissait sur le pied de la console, un autre pas encore plus lent, plus délicat, et... oui... je passe... j'ai réussi.

Beaucoup d'entre nous, ne réussirent pas à faire ce demi-tour, sans faire tomber une balle. Nous n'étions que deux à avoir réussi cet exercice, et encore, de manière assez laborieuse, sans élégance.

Caroline interrompit l'exercice, et appela les deux seules écolières, ayant réussi à passer. Coralie, ma principale rivale, et moi-même.

Mesdemoiselles, vous allez montrer à vos compagnes, comment faire ce demi-tour avec une traîne. Mademoiselle Coralie! Voulez-vous bien nous faire une démonstration.

Coralie s'avança lentement, elle fit son demi-tour, en s'écartant au maximum du poteau central, de sorte à décrire un cercle plus large et plus facile pour garder sa traîne derrière elle. Malgré cela, Coralie du essayer de rejeter sa traîne trois fois, avant de pouvoir terminer son demi-tour. En l'observant, il était évident que sa taille menue, l'avait avantagée.

- Bien! Dit Caroline. Sophie va nous faire le même exercice, mais pour que vous voyez bien, le mouvement de jambe, qu'il faut faire, pour rejeter la traîne en arrière, Sophie va enlever sa jupe et ces jupons.

- Mais Carol... Mademoiselle! Je ne veux pas me montrer ainsi! C'est inconvenant. Ce n'est pas possible. Pas devant tout le monde!

- Je suis parfaitement d'accord avec toi Sophie, mais cette petite humiliation, te fera le plus grand bien.

- Caroline, je t'en prie, je ne veux pas enlever ma jupe ici. Pas devant elles!

Je ne voulais pas que la bande inféodée à Coralie, me voient en sous-vêtements et surtout pas avec mes sous-vêtements beaucoup trop sophistiqués, trop exubérants. Tan qu'ils restaient cachés, personne ne pouvait savoir avec quel luxe je devais m'habiller sous ma robe. Leurs excès de volants, de dentelles, me rendraient sûrement ridicule. Et puis, mon harnachement incroyable, avec toutes ces jarretelles. J'étais haubanée comme un voilier. Non je serais montrée du doigt comme une cocote, une poupée, une princesse de pacotille.

- Mademoiselle Véronique! Aidez Sophie à quitter sa jupe et ces jupons. Qu'elle puisse ainsi nous montrer ces jolis sous-vêtements, et nous faire une belle démonstration de déplacement avec une traîne.

Véronique m'enleva ma jupe, sans enlever ma ceinture métallique, juste en défaisant le cordon dans le dos qui retenait ma jupe. Ensuite, mon premier jupon, le deuxième, et le troisième qui découvrait tout mon harnachement, pantalon de dentelle très vaporeuse et volumineuse, tellement transparent qu'il montrait mes multiples jarretelles tendues, et mon deuxième pantalon. Il y eut des exclamations en voyant le volume et la complexité de mes sous-vêtements. Mais si j'avais honte de me monter ainsi, ma honte était amplifiée par mes lourdes entraves aux genoux, et mes chevilles, également entravée. J'avais l'impression d'être une esclave enchaînée, présentée dans de beaux atours pour la vente aux enchères.

- Bien! Dit Caroline. Montrez-nous votre technique pour réaliser ce demi-tour sans rien faire tomber.

J'avançais vers le groupe de poteaux, entre les quels, il me faudrait faire ce demi-tour. Comme Coralie, j'essayais de faire ce demi-tour en parcourant un cercle, le plus large possible. Mais les poteaux me l'interdisaient. Après avoir dépassé le poteau central de dix ou vingt centimètres, je me tournais un peu, et avec ma jambe droite, j'essayais par un balayage, limité par mes entraves, de rejeter ma traîne sur le coté. Cette manúuvre ne fut pas très efficace, et je dus recommencer avant de faire un pas. Il me fallait prendre beaucoup de précautions, pour ne pas me déséquilibrer, tous en regardant ou je me trouvais et ou était ma traîne, de sorte à ne rien accrocher, ne rien faire tomber. Il me fallait encore chasser ma traîne, mais là, je faillis tomber. Hélas, l'exercice était raté, j'avais touché un des poteaux, et le ballon était tombé. Il me fallut recommencer.

- Sophie! Dit Caroline. Vous essayer de chasser la traîne sur le coté avec seulement votre jambe. Ce n'est pas assez efficace. Pour chasser la traîne à droite, vous devez utiliser votre jambe droite, que vous placer derrière et le plus à gauche possible. En suite il faut faire un mouvement de rotation avec votre cheville et votre jambe, pour chasser la traîne le plus loin possible. Si vous faite le mouvement, seulement avec votre jambe, vous n'y arriverez jamais.

Je recommençais, la jambe droite en arrière, autant que le permettaient mes entraves, la cheville tordue au maximum pour attraper la traîne, et en combinant les mouvements de rotation de mon pied et de ma jambe, je réussis enfin à rejeter suffisamment ma traîne, pour terminer mon demi-tour.

Toutes l'après midi fut consacrée à cet exercice. Entrecoupé par des poses, pour nos multiples et minuscules repas. Ces repas furent plus longs à cause de nos coudes entravés. Impossible de porter de la nourriture à la bouche, ni de se pencher. Ont ne pouvaient même pas s'aider mutuellement. Ont dû faire la queue, pour se faire nourrir, par une des deux servantes, à la cuillère, comme des bébés.

Toutes une après midi, sans ma jupe et mes jupons. Une après midi ou j'étais la seule en sous-vêtement. La cible de tous les regards, certains admiratifs, mais beaucoup plus de regards moqueurs, méprisants. Le fait d'être la seul en pantalon de dentelle, la seul à montrer mes jambes, presque mes fesses, la seul à étaler mes luxueux dessous. Même mes bottines à hauts talons, visibles par tous, me gênaient. Manger, les jambes nue, offerte, et avec l'aide d'une surveillante qui me donnait la becquée. Qu'elle honte, je ne pouvais même pas me cacher avec mes mains tenues écartées, mes coudes tirés en arrière dans le dos, par mon "tire-coudes".

Caroline nous délivra de nos "tire-coudes", qu'au moment de descendre dans la salle à manger au rez-de-chaussée. Sans cela, la descente des escaliers aurait été trop périlleuse, avec nos entraves. Il nous était indispensable de se tenir à une rambarde pour descendre en sécurité les escaliers.

Je descendais la dernière, après m'être rhabillée, avec l'aide de Véronique.

Le soir, Mademoiselle Florence vint nous rendre une visite, et nous annonça la soirée de bal. Cette soirée devait commencer par un défiler, ou chaque groupe sera noté.

- Je vous informe que vous serez notées sur plusieurs critères, Avant de défiler, on mesurera votre tour de taille. Ensuite, vous défilerez sur l'estrade, avec un demi-tour en bout et retour. Vos notes porteront sur: Votre élégance durant vos déplacements. L'élégance dans la gestion de la traîne. La souplesse de votre marche. Le port de tête. Votre silhouette et votre posture. L'élégance de vos gestes, notamment, de vos mains. Et bien sur, votre tours de taille. Attention, c'est une épreuve de groupe! Les plus douées devront aider les plus faibles du groupe et ainsi développer votre solidarité. Ceci est très important, la solidarité entre femme est indispensable, dans notre monde gouverné par des hommes.

Je refaisais mes calculs, notre moyenne était de 47cm et 1/3. Je ne suis pas sûr, que l'on soie les premières. Le groupe du "Club des 4 Parisiennes" devait probablement faire mieux que nous.

Plus que deux jours avant cette soirée. Qui seront les reines du bal, après le défilé?

Nous étions toutes épuisées par cette journée, et ont aspiraient toutes à monter dans mos chambres, toute... La fatigue me poussait à monter dans ma chambre le plus vite possible, le plus vite permit par mon corset et mes entraves. Mais, j'aurais aimé retarder l'épreuve quotidienne du corset de nuit. L'étrange déplacement, suspendue dans un corset de fer, portée vers mon lit, sans force, mes pieds dans le vide, le ventre et les cuisses écrasés entre les plaques d'acier du corset de nuit. Une nouvelle nuit éprouvante, immobile.

A suivre...

 

 

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