TEXTES - Sophie

 

 

Souvenirs de Sophie

 

 

 

Par Fred Pody.

 

 

VI

Vivre corseté

 

Je portais ce corset depuis cinq jours maintenant. J'étais obligée de le porter toujours aussi serré, avec seulement une demi-heure de répits chaque matin durant la toilette.

Les trois premiers jours furent épouvantables. J'étais tellement moulue et ankylosée par le corset, que j'avais passé la plupart de la journée, immobile dans mon lit. La nuit, mon corset m'empêchait de dormir. Durant les trois premiers jours, mon pauvre ventre avait été douloureux et dur à cause de ce serrage permanent.

Ninon, une des aides de Delphine, venait de temps en temps me masser les jambes. Ce qui était pénible au début du massage. Cela me donnait de terribles fourmillements dans les jambes, qui s'estompaient lentement. Mais ensuite, quel plaisir. Comme ces massages devenaient doux et agréable, une douce chaleur revenait dans mes jambes.

Delphine m'avait imposé de nombreuses heures de repos, et je devais rester le plus souvent possible, couchée sur le dos, avec les jambes surélevées pour éviter des problèmes de circulation sanguine, les massages de Ninon avaient le même but.

Heureusement, depuis quelques jours, les douleurs de mon ventre, qui me donnaient l'impression de me tordre les intestins, c'étaient enfin atténuées.

Mon corps devait s'habituer et s'adapter petit à petit à la pression constante de mon corset.

En plus des massages et des longs repos, Delphine avait demandé à Ninon de me faire exécuter quelques petits exercices. Des exercices bien ridicules et loin de mes activités dans les bois avec mon ami André. André que je ne verrais probablement pas de sitôt.

Des exercices, enfin si on peut dire, marcher en rond dans la chambre en évitant de faire de grande enjambées, également m'asseoir et me lever, tout simplement. Enfin, avec un corset très serré, s'asseoir n'est pas toujours évident, surtout dans des fauteuils bas et sans pouvoir courber le buste, en restant bien droite.

Delphine s'était également occupée de mon régime. Ce régime n'était pas particulièrement spécial. Il était évidement léger, presque pas de féculent, mais très équilibré et varier, avec cependant quelque caractéristique: L'ensemble de ce que je mangeais en faible quantité n'était jamais fait de plat bourratif, Pas de grosse soupe, pas de plat copieux comme le cassoulet, la choucroute... Pas non plus de boisson gazeuse, de bière...

La différence la plus visible, était le rythme de mes repas. Huit repas par jour au lieu des trois traditionnels. Le premier à huit heure le matin et ensuite toutes les deux heures, des repas minuscules mais à un tel rythme que j'avais l'impression de manger en permanence et d'avoir l'estomac toujours plein. Avec la pression du corset sur mon ventre, cela me donnait une impression bizarre d'avoir trop mangé, d'être constamment rassasiée et d'être obligée de me forcer à chaque nouveau repas d'avaler péniblement chaque bouchée. De plus, je devais me forcer à boire un peu pour la digestion, mais le moindre verre d'eau me gonflait durement l'estomac sous mon corset qui m'étouffait un peu plus.

Septième jour. Je n'avais plus vu ma tante depuis mon entrée et Caroline une seule fois. Seul Delphine et son aide Ninon était en permanence à mes cotés. Mes excursions en dehors de mes appartements, se fessaient toujours tard le soir, en compagnie de Delphine dans le parc et sans jamais rencontrer d'autre personne.

Je me souviens encore de la deuxième promenade dans le parc. Delphine avait attendu qu'il fasse nuit noire, et qu'il n'y ait plus aucune pensionnaire dans le parc. Enfin, on sortis. Delphine marchait devant moi, sa silhouette incroyable se découpait dans les faibles lueurs de la nuit. Un trouble délicieux m'envahissait, un trouble accentué par ma nudité. Excepté mon corset court et bien serré, j'étais nue, sans mes pantalons de dentelle, sans chemise de dessous, et sans cache corset. Je ne portais que mon corset et une grande cape de soie, fermée uniquement au cous. Elle flottait autour de moi, me caressant par moment fugitif sur tout le bas du corps, pesant sur mes épaules. J'adorais la douceur de la soie glissant sur le corps, sa fraîcheur sa densité... Ces mouvements la rendait presque vivante.

Dans le parc, je sentais le vent léger soulever et entrouvrir la cape, me donnant une sensation de fraîcheur et de nudité. Une nudité qui devait se dévoiler par instants, chaque fois que les pans de la cape s'écartaient. Mon corps nu par contraste avec ma taille enfermée durement sous le corset.

Un sentiment étrange de liberté et de sensualité tour a tour cachées et dévoilée fugitivement, comme par jeux avec le vent, la nature et les regards furtif de Delphine, et peut être... d'autres regards, plus discret, mieux cachés par la nuit. J'offrais ma nudité au parc obscure. Toute ma nudité, sauf mon ventre corseté, qui ne m'appartenait plus. C'était une promenade étrange, liberté et contrainte en même temps... Fraîcheur et sensualité... Regard lourd et amusé...

Une promenade troublante sans un mot, juste des regards, des regards plus bavards et plus intimes que les discours...

Je me souviens... De mon arrivée... De l'accueil par mes trois marraines... De la première fois que je portais un corset... De ma taille réduite de sept centimètres...

...

Delphine continuait de me lacer le corset, toujours à la même taille que le premier jour et il m'était devenu agréable de le porter. Je me sentais soutenue et j'aimais sa pression sur le ventre. Les désagréments des premiers jours s'estompaient dans mes souvenirs.

Deux semaines depuis mon arrivée au château. Deux semaines corsetée en permanence. Les journées passaient doucement, et je commençais à m'ennuyer. J'aspirais à de nouvelles découvertes, de nouvelles expériences. De nouvelles expériences autres que celle d'hier et de cette nuit.

Cela a commencé hier soir. Delphine m'avait déjà mis en garde plusieurs fois.

Hier donc, j'avais craquée devant un merveilleux dessert, j'ai même succombé deux fois devant un gâteau, un délicieux gâteau crème et chocolat.

Mais ensuite, mon corset c'était cruellement manifesté. Le gâteau m'avait fait gonfler l'estomac.

Des douleurs terribles dans le ventre, j'étouffais, et j'avais des sueurs froides dans le dos.

Avec ma ceinture cadenassée autour de la taille, il n'était pas question de relâcher les lacets d'un millimètre.

Ces douleurs et cet inconfort me minèrent toute la soirée, et Delphine avait refusé d'ouvrir ma ceinture métallique. Elle se moquait de moi.

- Quoi! Un petit gâteau, et te voilà incommodée à ce point? Que cela te serve de leçon! Je t'aime très fort, ma chérie, mais pour ton bien, il n'est pas question que je te libère, ni même te délacer d'un millimètre. Je crois que l'on va écourter la soirée, je ne pense pas que tu aie envie d'une promenade dans le parc ce soir. Au lit, et demain matin, un lavement devrait te libérer les intestins.

- Mais Delphine... ce sera encore pire... mon ventre n'y résistera pas... et je ne veux pas de lavement!

- Demain matin! Tu n'y échapperas pas. Moi-même, j'ai du en prendre quelque fois et je peux t'assurer que je n'aime pas ça du tous, mais quand c'est nécessaire...

La nuit fut horrible, des sensations de nausées et des lourdeurs d'estomac. Mon corset me bridait terriblement, ralentissant ma pénible digestion.

Après cette nuit interminable, l'épreuve du lavement, toujours corsetée, à quatre pattes dans la salle de bain. Un Demi-litre suffit à me faire crier de douleurs et de suite...

J'ai honte, un jour peut être, et en privé, je vous le dirais...

Je suis certaine d'être obligée de raconter cette épreuve dans le détail... mais pas maintenant... je n'oserais pas... plus tard peu être...

Ensuite, après quelque temps seul dans la salle de bain, Ninon vint m'aider à faire ma toilette. Je devais m'accrocher comme chaque fois, à ce trapèze, pour me soulever, suspendue par les poignets. Ninon me délaçait le corset. C'était agréable et irritant en même temps. J'aimais la fraîcheur le l'air sur la peau libérée du serrage de mon corset, mais des picotements aux niveaux des bords du corset et des baleines, troublaient mon plaisir de la liberté retrouvée.

En manoeuvrant le chariot, Ninon me poussa au-dessus de la baignoire et me fit descendre dans mon bain.

Après le bain, Ninon me souleva de nouveau en utilisant le trapèze de laçage. Elle me séchait et me massait le buste avec des crèmes adoucissantes et parfumées, insistant sur le ventre et les marques laissées par les bords du corset.

C'est Delphine qui me laçait fermement, chaque matin. Serrant jusqu'à retrouver le tour de taille qu'elle m'imposait depuis le premier jour de mon arrivée au château. Cinquante-quatre centimètres, et cela depuis deux semaines. Elle n'avait pas voulu me serrer plus, disant que la première période devait me permettre de m'habituer à porter un corset en permanence. La réduction de ma taille débutera quand mon corps sera adapté à cette première réduction de sept centimètres.

Delphine voulait une réduction rapide de ma taille, mais sa prudence lui commandais de ne pas brûler les étapes. Elle m'apprit que normalement, on ne dépasse pas cinq centimètres de réduction de la taille avec un premier corset. Mais également que si l'on voulait que l'épreuve du corset soit vraiment pénible, on pouvait réduire la taille brutalement de dix centimètres. Ce qui, pour une première fois, était utilisé comme une punition ou comme une épreuve particulièrement dure.

Quand Delphine eut terminé de serrer mon laçage et remis en place la ceinture métallique fermée à clef, elle me fit descendre sur mes pieds. Aussitôt que je libérais mes poignets des sangles du trapèze, elle m'enchaînait les poignets avec ces merveilleux, mais contraignants bracelets d'or. Ainsi cadenassée par la taille et les poignets, je ne pourrais pas me libérer de mon corset, ni même soulager un peu son serrage.

On revint ensemble dans le petit salon près de ma chambre, et Delphine, comme chaque matin, m'interrogeait sur mes sensations, mes éventuelles douleurs occasionnées par le corset ou, comment je me sentais après un repas, mes difficultés de digestion, avais-je des vertiges? Des essoufflements? ...

Elle inspectait minutieusement mon laçage plusieurs fois par jour, me surveillait en permanence, m'imposant le repos au moindre signe de faiblesse ou de malaise.

Quand je ne prenais pas un des multiples petits repas de la journée, toutes les deux heures, ou qu'elle ne m'inspectait pas dans le détail ou quand je n'étais pas allongée sur le lit avec les jambes surélevées pour la circulation sanguine... Enfin quand j'avais quelques instants, quelques minutes, Delphine me fessait faire des exercices. En fait, quelques mouvements simples, et Delphine notait toutes mes réactions et jusqu'où je pouvais les faire. Ces exercices étaient vraiment très simples, et pourtant, il me posait souvent des problèmes pour les réaliser. Delphine me demandait de me baisser en fléchissant la taille, sans fléchir les genoux. Quoi de plus simple, mais avec un corset, un corset court mais rigide. Mon mouvement de flexion était très limité. Et Delphine notait mes réactions, mes possibilités. Elle me fessait essayer de me courber sur le coté, et re-notait. Ensuite monter et descendre un petit escalier, demi-tour et je devais recommencer, elle notait mon essoufflement, le nombre de marches que je pouvais monter avant de devoir m'arrêter à bout de souffle. Je détestais ce dernier test qui me mettait en nage et m'asphyxiait.

Durant la journée, j'avais droit à d'autre sorte exercices ou, plutôt des cours de maintien.

Delphine me dirigeait elle-même pour ces premiers cours. Encore des exercices qui passeraient pour extrêmement simple sans porter un corset. Marcher avec élégance, à petit pas, les pieds placés l'un devants l'autre, comme si le chemin ne fessait que quelques centimètres de large. S'asseoir avec grâce, le buste bien droit, sans se laisser surprendre par le corset qui vous rejette en arrière une fois assise. Et bien sur se relever lentement sans effort apparent, malgré le corset qui vous empêche de fléchir le buste. Se retourner élégamment sans tourner la tête. Le buste ne pouvant tourner par rapport au bassin pour cause de corset rigide, c'est tout le corps qui doit se tourner en pivotant sur la pointe des pieds. Le moindre mouvement de la vie quotidienne devait être réappris, soit par la faute du corset, soit pour respecter les cannons de la suprême élégance. Les "Merveilleuses Laydies Corsetées" ne sont pas seulement sévèrement corsetées, elles doivent être également des Laydies et même plus, de Merveilleuses Laydies.

Delphine m'avait prévenue que j'aurais un professeur de maintient, mais seulement quand j'aurais le droit de porter une robe.

Cette dernière remarque me rappelait cruellement que depuis mon arrivée au château, je ne portais qu'un corset, me laissant nue toute la journée, sauf pour la promenade le soir dans le parc. Des promenades troublantes nue sous une grande cape de soie.

 

 

 

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